https://lacellule.ensp-arles.fr/les-actions/ les actions 2020-12-01 15:44:11 La cellule Blog post

a) Contexte du workshop
Suite à un workshop réalisé en 2017 avec l’Atelier Luma suivi durant l’année universitaire 2019-2020 d’un atelier sur la biophotographie, nous avons souhaité prolonger cette réflexion en proposant au sein de l’ENSP un laboratoire de recherche pour questionner les relations posées entre les images et le vivant. La cellule – c’est le nom de ce laboratoire – est donc en place depuis début novembre 2020.
L’adossement de ce laboratoire à la pédagogie consiste en des séances de travail avec les étudiant.e.s (les in-séminaires) auxquels s’ajoutent 2 workshops.

Le premier devait permettre aux jeunes chercheurs d’expérimenter de nouveau processus de fabrication d’images accompagnés par des organismes vivants (végétaux; bactéries; champignons; algues…). Il s’agissait alors d’explorer la matérialité vivante des images et de voir la multitude d’orientations passionnantes permises par le travail avec le vivant. Ce workshop aurait dû se faire avec les école d’art de Nîmes et de Marseille mais la situation sanitaire nous a obliger à tout annuler. Il devait, jusqu’aux récentes annonces relatives au confinement, se faire en présentiel à l’école. Nous avons été contraint de le transformer en séances en distanciel.

Un second workshop, prévu en mars avec l’artiste SMITH, permettra quand à lui d’explorer, à l’opposé, une dimension toute aussi intéressante : celle des images mentales ; des images sans objets ; des images immatérielles et avec elles, la possibilité de construire une autre histoire, d’un autre destin de l’espèce humaine, à l’intersection du réel, de la fiction, de l’art, de la philosophie et de la science.

Nous inscrivons cette réflexion dans une lignée de travaux croisant art et science qui ont, depuis longtemps, interrogé notre rapport au vivant en utilisant comme outils la biologie moléculaire ; systèmes vivants ; biologie humaine ; les technologies ; etc.

Des travaux emblématiques comme ceux de Marta de Menezes, artiste portugaise, travaillant grâce à l’utilisation de marqueurs ADN ou de Edouardo Kac, artiste artiste contemporain américano-brésilien, qui propose un « art transgénique » à base d’organismes génétiquement modifiés à des fins artistiques comme le GFP Bunny, un lapin fluorescent nommé Alba en 2000.
Dans un autre registre nous pouvons citer le Cloaca de l’artiste belge Wim Delvoye qui simule la digestion par une série de processus physiques et chimiques qui utilisant des enzymes et bactéries pour produire des selles artificielles.

Moins mainstream sans doute, les œuvres de Michel Blazy, artiste français, qui explorent toutes une série de thématiques qui nous intéressent aujourd’hui à savoir : le travail avec le vivant; la décomposition; la fragilité du vivant; les œuvres évolutives, éphémères, etc.; l’observation des organismes en devenir et des temporalités inhérentes. En 2000, par exemple, il expose  »Mur de poils de carotte » aux Abattoirs de Toulouse (Frac Midi-Pyrénées). Dans l’une des vastes salles les murs sont badigeonnés de purée de carotte. Orange vif, à l’odeur douce, l’installation évolue au fil du temps. Progressivement, des îlots blancs, verts, gris, apparaissent. Lentement, des touffes de moisissures se distribuent de manière apparemment aléatoire. La moisissure est alors le cœur de l’œuvre et son activateur essentiel.

Qu’il s’agisse de dresser un constat ; d’éco-créer et par là même de reposer la question de ce qu’est l’art en cette période de trouble ces pratiques artistiques s’inscrivent dans ce que Felix Guattari appelle l’Écosophie et qui articule selon-lui trois écologies (titre de son livre paru chez Galilée en 1989) :
– l’écologie environnementale pour les rapports à la nature et à l’environnement,
– l’écologie sociale pour les rapports au « socius », aux réalités économiques et sociales,
– l’écologie mentale pour les rapports à la psyché, la question de la production de la subjectivité humaine.

Un travail exemplaire est celui développé par Lucy et Jorge Orta, artistes italo-argentine et britannique, depuis les années 2005 qui considère que l’art doit répondre aux urgences et l’artiste contribuer au bien commun. Drinkwater, exposé à la Biennale de Venise en 2006 consistait en un système de dépollution de l’eau de la lagune auquel s’ajoutait tout un ensemble d’ustensile lowtech (bidons ; bouteilles ; bassines ; triporteurs pour rendre la diffusion et le partage de l’eau plus aisés). Un autre volet de cette œuvre consistait à la médiatisation par un colloque et à l’extension par un appel lancé au industriel pour fabriquer des produits proposés par Drinkwater et les diffuser selon les règles du commerce équitable. Les artistes s’engageant à céder leurs droits. https://www.studio-orta.com/en/artworks/serie/3/Water

D’un point de vue purement photographique, le travail de l’artiste britannique Daro Montag,  »This Earth » en 2006 a consisté a enterrer 5 fragments de pellicule couleur durant un mois à proximité de son domicile. En grignotant la gélatine, les microbes du sol on recomposé les motifs et teintes.

Dans la même période le photographe britannique Stephen Gill enterrait quant à lui – comme on plante une graine – des tirages photographiques argentiques couleurs aux endroits même des prises de vues. Au moment de la récolte, les micro-organismes,champignons et moisissures ont accompagnés ces images dans un processus de transformation interspécifiques.

Et bien sûr, plus proche de nous – dans le temps et dans l’espace – le travail de Johanna Rotko à Helsinki qui réalise des photographies en compagnie de levures et celui de Lia Giraud, artiste française avec ses Algaegraphies qui sont des « images vivantes » formées par des microorganismes photosensibles (micro-algues) qui possèdent à la fois des caractéristiques du végétal et de l’animal. On dirait de petits animaux, mais elles sont aussi capable de produire un joli vert caractéristique des chlorophylles.

b) Présentation des invité.e.s de ce workshop :
– Diane Trouillet
Après une thèse en Biologie cellulaire et moléculaire, Diane Trouillet explore en tant qu’artiste chercheuse, l’interface entre la Science, l’Art et les techniques. Elle développe ses propres médiums vivants : papier bactérien ; bactéries bioluminescentes ; végétaux ; spiruline
Diane aura l’occasion de nous parler et peut-être nous montrer son travail durant ces séances.

– Laure Méric
Thèse en microbiologie (sur la levure). Elle a travaillé depuis près de 20 ans sur des diagnostics, conseil et formation sur les environnements de conservation dans les locaux d’archives, musées, bibliothèques, avec une expertise spécifique sur la problématique des moisissures ( la gestion des contaminations fongiques).
Elle a ensuite ouvert son champ d’intervention de la conservation des biens vers la conservation des personnes, en me consacrant à la qualité sanitaire des bâtiments avec toujours cet intérêt pour les relations interspécifiques entre les moisissures et l’homme.

– Luce Lebart
Luce Lebart a elle aussi travaillé sur les moisissures.
Elle est historienne de la photographie, commissaire d’exposition et chercheuse pour la collection Archive of Modern Conflict. Elle a été directrice de l’Institut canadien de la photographie de 2016 à 2018 après avoir dirigé les collections de la Société française de photographie de 2011 à 2016. Ses recherches portent sur la photographie d’archive, l’histoire des techniques et les pratiques scientifiques et documentaires de l’image
Puissance du végétal et cinéma animiste ; La saga des inventions ; « « À voir et à manger : la photographie, la cuisine et la chimie » » ; La photographie d’origine animale ; Mold is beautiful.

Cette conférence/rencontre avec Denis Savoie, astronome et historien des sciences, a été l’occasion pour les étudiant.e.s de réinscrire leurs recherches dans une perspective cosmologique plus large et de voir, dès les origines de l’Univers il y a 13,8 milliards d’années, la mise en place de tous les éléments ayant favorisés le développement de la vie.
Outre les questions cosmologiques et astronomiques, cet échange avec  fut l’occasion d’aborder les questions d’instrumentation optique; de la lumière visible ou invisible; du temps; des conditions climatologiques liées au système solaire et de leurs conséquences sur la vie et son évolution; etc

Conférence Denis Savoie pour la Cellule ENSP Fablab

* Denis Savoie, a été directeur de 2013 à 2018 de la médiation scientifique et de l’éducation d’Universcience (Palais de la découverte – Cité des Sciences et de l’Industrie) après avoir dirigé dirigé le planétarium et le département d’astronomie et d’astrophysique du Palais de la découverte à Paris.Il est aujourd’hui conseiller scientifique à Universcience.
Il a précédemment présidé la Commission des cadrans solaires de la Société astronomique de France pendant vingt ans ; il a écrit plusieurs ouvrages de référence sur le sujet. Il est aussi chercheur associé au SYRTE (Département Système de Référence Temps Espace de l’Observatoire de Paris). Sa connaissance de la gnomonique l’a amené à faire plusieurs contributions à l’histoire de l’astronomie.

Avec la permission de Emanuele Coccia*, les étudiant.e.s de La Cellule ont pu suivre quelques séances de son séminaire à l’EHESS dont le thème cette année est : Le paysage, aujourd’hui. Théorie de la nature contemporaine (UE550)

Participation de La Cellule au séminaire d'Emanuele Coccia EHESS

*Emanuel Coccia est maître de conférences, EHESS / Centre d’histoire et de théorie des arts (CRAL-CEHTA)

Syllabus du séminaire : 

Écologie, théorie de l’art.

À travers l’analyse croisée des projets des plus grand.es paysagestes contemporaines (Roberto Burle Marx, Gilles Clément, Bas Smets et beaucoup d’autres) et des théories écologistes et écoféministes plus récentes (de Lynn Margulis à Donna Haraway) on voudrait esquisser une théorie du paysage qui puisse accorder à tous les êtres une capacité de façonnner le monde.

L’hypothèse c’est qu’au cœur de la nature – réalité constamment exposée à l’artifice de toutes les espèces –, la succession de formes dans les corps des êtres naturels ainsi que dans les paysages terrestres suit la logique de ce qui est qualifié de « mode » dans la culture humaine. L’histoire naturelle est donc une étude des modes de la nature, de ses saisons qui se calculent sur une temporalité plus longue que la nôtre. Le paysage, tout paysage n’est rien d’autre qu’une sorte de musée de la nature contemporaine.

Au cours des cinquante dernières années, l’essence du musée a profondément changé. D’une institution consacrée à la conservation et à l’entretien du patrimoine artistique, architectural et artisanal d’un contexte politique ou géographique donné – qui avait pour mission commune de conserver, préserver, protéger, mais aussi de montrer et rendre visible ce qui est produit par les êtres humains au sein d’une nation –, nous sommes passés à un nouveau type de musée dont la mission n’est plus la préservation du passé, mais la production active et consciente de l’avenir. Ces types de musées et de fondations – du MoMA au Centre Georges-Pompidou, de la Hamburger Bahnhof au Walker Art Center, de la Fondation Cartier à la Biennale de Venise – ont pour mission de deviner l’avenir et, grâce à ce travail de divination, de créer le temps. Leurs expositions, pour lesquelles des œuvres sont souvent commandées à de très jeunes artistes, ne nous rappellent pas l’histoire, mais nous aident à nous orienter dans la culture contemporaine.

Nous devrions envisager quelque chose de similaire pour les paysages naturels. La nature aussi est, par définition, capable de contemporanéité : elle possède une temporalité historique qui relève de l’arbitraire et du hasard, exactement comme l’art. Chaque paysage est déjà une peinture, il est déjà une installation éphémère, artificielle, provisoirement construite par l’ensemencement de ses habitants non humains. Tout écosystème est aussi et surtout une sorte de biennale de la nature contemporaine.

Cette balade botanique avec l’artiste-botaniste Thomas Ferrand* et l’historienne de la photographie Luce Lebart* avait comme objectif d’explorer les relations entre le végétal et la photographie.
Une balade à proximités de l’éccole, aux marais de Beauchamp et sur les bords du Rhône a permis de découvrir la flore sauvage – et comestible – grâce aux recommandations de Thomas et à chaque fois, grâce aux références historiques de Luce, de faire des liaisons avec l’histoire des procédés et des techniques photographiques.
Depuis ses origines en effet, la photographie a toujours composé avec les végétaux : fécules de pommes de terre; huile de lavande; papier végétal; etc.

* Thomas Ferrand est artiste-botaniste. il a créé Projet Libéral, structure avec laquelle il a réalisé une dizaine de spectacles de théâtre et arts visuels jusqu’en 2015 (Idiot cherche villageUn Hamlet de moinsMon amourUne excellente pièce de danseExtase de SainteMachine, …). Il a créé également deux revues papiers (mrmr et Volailles), et participé à nombreux magazines tels que Mouvement. Il emmène régulièrement du public partout en France dans les bois, en montagne ou sur le littoral, à la découverte des plantes sauvages comestibles. Il donne des stages et écrit sur ce sujet. Dernièrement, il était invité à Invisible Dog Art Center pour cuisiner les plantes sauvages de New-York. En 2019 / 2020, il participe à l’évènement Traversées / Kimsooja, à Poitiers où il a réalisé pendant 6 mois plusieurs actions sous le titre Des Sauvages parmi nous. En 2020, il est invité en résidence à la Cité Internationale des Arts de Paris. Il écrit actuellement un récit sur sa façon de vivre quotidiennement avec les plantes. Plusieurs autres projets d’écritures sont en cours.

* Luce Lebart est historienne de la photographie, commissaire d’exposition et chercheuse pour la collection Archive of Modern Conflict. Elle est l’auteure d’une vingtaine d’ouvrages; de bons nombres d’articles et d’une multitude d’expositions présentées en France et à l’étranger.
http://www.lucelebart.org

Marine Riguet lors de sa rencontre avec les étudiant.e.s de La Cellule de l'ENSP

* Marine Riguet est maîtresse de conférences en Littérature française (XIXe -XXI e siècles) et Humanités numériques à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Marine est aussi poète et vidéaste. Elle travaille la littérature numérique, la poésie transmédia, l’écriture audiovisuelle & la LittéraTube.

Marc Jeanson rencontre les étudiant.e.s de La cellule de l'ENSP

  • Marc Jeanson, jusqu’à là responsable de l’Herbier national au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris et à présent directeur botanique pour Le Jardin Majorelle à Marrakech